Sandrine Cayrou

Psychologue, auteure, conférencière

Qu’est-ce que l’EMDR ?

L’EMDR ou Eye Movement Desensitization and Reprocessing donne en français Désensibilisation et Retraitement de l’information par les Mouvements Oculaires. Le nom a évolué vers Thérapie Adaptative de l’Information.

Le terme usité peut changer car il a été découvert que toute Stimulation Bilatérale Alternée (SBA) produite sur le cerveau, qu’elle soit oculaire, auditive ou tactile, permet de retraiter le trauma. Après une phase de préparation, d’une à quelques séances, le thérapeute aide le patient à activer un souvenir traumatique tout en réalisant une stimulation bilatérale alternée pour le désensibiliser. L’objectif est de faciliter le retraitement adaptatif du souvenir en réduisant l’intensité émotionnelle et les croyances négatives associées, sans ou avec peu de répétition de l’exposition narrative. C’est une thérapie centrée sur le trauma, ou les symptômes, comme le sont aussi les thérapies cognitives et comportementales (TCC).

Origines et diffusion en France

L’EMDR a été développée par la Dr Francine Shapiro, neuroscientifique américaine, vers 1987 dans l’objectif de répondre aux stress post-traumatiques des vétérans auxquelles les thérapies classiques par la parole ne répondaient pas efficacement. Depuis, la méthode a été formalisée, structurée en différents protocoles cliniques pour répondre autant au stress post-traumatique qu’à d’autres symptômes: Troubles anxieux, troubles de l’attachement, dépression, deuils, addictions, douleurs, migraines. Elle est largement diffusée via des instituts et formations internationaux.

En France, l’EMDR est diffusée par David Servan Schreiber dès le début des années 2000 et reconnue comme indication privilégiée du stress post-traumatique par l’INSERM en 2004, puis la Haute Autorité de Santé en 2007, et enfin par l’OMS en 2013. Plusieurs instituts de formation existent désormais: IFEMDR (Paris), EFPE (Toulouse), EDEPHE (Nantes), Synchronie (Cannes), Université de Lorraine (Metz), Caméa (Bordeaux)… Plusieurs associations (EMDR France, réseau EMDR Europe) organisent des formations, des annuaires de thérapeutes et accréditations. Formation de durée longue (deux ans), seuls les psychologues, psychiatres et psychothérapeutes avec cinq années minimum de pratique clinique peuvent se former spécifiquement.

A noter qu’il existe des formations spécifiques pour les enfants mais aussi les animaux… Ces derniers répondent très bien aux SBA auxquelles il faut les habituer en lieu sûr, puis faire des expositions graduelles et bien séparées aux différents stimuli. Par exemple, pour un cheval qui a peur d’entrer dans un van, il faudra désensibiliser et dissocier les endroits fermés, le fait d’avoir quelque chose qui le touche à la croupe, le passage dans un endroit plus sombre. Un animal ne parle pas et pourtant il peut être désensibilisé. Autre exemple, humain cette fois-ci, qui a une phobie des araignées: il sera fait de même, exposition graduelle à la vue puis au contrôle par l’action. La vue d’un dessin, puis des photos, puis d’un animal en plastique, une bête morte mais réelle dans un pot, puis une vivante dans un pot, puis en liberté contrôlée par le thérapeute, puis en liberté contrôlée par le patient… On peut donc partir sur la désensibilisation du symptôme mais parfois il est plus judicieux de partir sur le traumatisme initial quand il est connu. Souvent l’un appelle l’autre lors des associations libres qui se produisent lors des SBA.

Le modèle thérapeutique

Le protocole de base la méthode est en huit phases mais il n’est pas forcément respecté dans les protocoles d’urgence ou pour certaines personnes ayant des troubles dissociatifs sévères: évaluation et histoire; préparation (sécurité, techniques de régulation); évaluation du souvenir ciblé; désensibilisation (stimulation bilatérale pendant l’activation du souvenir); installation d’une cognition adaptative; scan corporel; clôture; réévaluation. Le travail se concentre sur des cibles mémorielles précises (images, pensées, sensations).

Les explications et la recherche

Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer l’efficacité de l’EMDR:

– échanges entre les deux hémisphères suractivant le système limbique où réside l’amygdale (centre du danger), les mémoires associatives liées au trauma (hippocampe, thalamus) et la réaction de stress (hypothalamus),

– sollicitation de la mémoire de travail (les mouvements réduiraient la charge mnésique et ainsi la vivacité émotionnelle du souvenir),

– facilitation d’un retraitement similaire au sommeil paradoxal,

– désensibilisation d’associations émotionnelles, ou effet du mécanisme d’attention double (la personne est à la fois dans son trauma et « ici et maintenant »).

L’EMDR reste l’indication privilégiée en cas de stress post-traumatique quand le cerveau reste bloqué, sidéré par la violence du trauma et ne peut le retraiter même avec le temps (diagnostic posé au bout de six mois suite à la reviviscence automatique du trauma).

Pour les autres indications, l’EMDR fonctionne mais de manière moindre, pas plus que d’autres

thérapies trauma-centrées, même si les résultats restent prometteurs. La recherche explore actuellement les mécanismes cognitifs et neuronaux: mémoire de travail, connectivité cérébrale, EEG/fMRI, ce qui aide à mieux comprendre pourquoi la stimulation bilatérale contribue au changement chez certains patients mais pas tous.


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