Sandrine Cayrou

Psychologue, auteure, conférencière

Les EMI (Expériences de Mort Imminentes)

La vie dans le miroir de la mort ou l'effet-miroir de la mort sur la vie

L’EMI en question

Depuis les travaux de Raymond Moody et son célèbre livre « La vie après la vie » (1975) et l’ouvrage de Patrice Van Eersel « La source noire » (1986) qui ont mis en avant ce phénomène de retour à la vie après une expérience de mort déclarée médicalement vraie, incluant donc l’arrêt cardiaque et/ou l’arrêt cérébral, beaucoup de recherches scientifiques ont eu lieu pour tenter d’élucider le mystère de ce que les emistes ou expérienceurs rapportaient comme connaissances de cette expérience anomale passant par quelques secondes à quelques heures de mort avérée ou de comas prolongés. Les emistes rapportent plus ou moins tous les mêmes aventures: sortie hors du corps (ou OBE Out Body Expérience), visions de passages (tunnel, portes), vécus de ténèbres et de lumières, le point de non-retour ou deadline, une phase extatique de connaissance télépathique omnisciente dans la lumière et sur la redescente d’éventuels contacts avec des proches disparus, des êtres de lumières, des guides inconnus. Puis certains restent conscients de la façon dont ils retournent dans leurs corps et des expériences réellement vécues avec les proches vivants, médecins ou proches familiaux. Le plus important est de noter la cohérence des discours et la vérification des faits rapportés justes alors qu’ils n’étaient pas supposés être capables de voir et entendre par leurs sens habituels. Comment expliquer qu’une personne ait vu une chaussure sur le toit de l’hôpital (ce qui s’est avéré vrai) alors qu’elle était déclarée morte? Comment expliquer qu’un patient aveugle de naissance ait vu ce que faisaient ses médecins sur lui?

Tour d’horizon international

Des laboratoires de recherche (Ex: DOPS aux USA, ISSNOE en Suisse, Coma science group en Belgique, IMI à Paris) et des associations ont vu le jour pour recueillir les témoignages dans de nombreux pays (IANDS International Association for Near-Death Studies- France-Pays-Bas-Suisse…). En France, quelques universitaires se lancent: Eric Dudoit, Thomas Rabeyron, Renaud Evrard, Evelyne Josse, Steven Spresser, Mathieu Delvaux. Une des meilleures thèses qui soit sur le sujet est celle de France Lerner (2016), elle définit très précisément les étapes vécues lors d’une EMI. Le meilleur soutien que l’on puisse trouver est celui de IANDS France, crée par le médecin et chercheur Jean-Pierre Jourdan. Des groupes d’Emistes se réunissent gratuitement, enfin un groupe qui ne monnaie pas son soutien…
Aujourd’hui, on sait que ces expériences anomales ne sont pas forcément provoquées que par des raisons médicales comme mort, coma ou hypoxie cérébrale, mais qu’elles peuvent aussi se produire spontanément ou de manière contrôlée dans certains états de conscience modifiés sans substances (extases, méditation, transe, hypnose, songes éveillés). A ce titre, Corinne Sombrun a participé avec ses ouvrages et participation à des recherches à l’exploration de la transe chamanique avec, puis sans, tambour. Certaines personnes recherchent ses états avec substances, ce que nous ne cautionnons pas: usages de drogues naturelles, chimiques, médicaments.

La recherche de ces états anomaux devient de plus en plus à la mode avec le développement de nombreuses « méthodes » pour les atteindre, amenant de véritables phénomènes de masse comme dans les séminaires de Jean-Jacques Charbonnier ou autres leaders ou voyants charismatiques: Stéphane Allix, Florence Hubert, Nicole Dron, Florence Raoul, Christophe Fauré. Des films documentaires fleurissent, entre autre le film « Témoins » de Sonia Barkallah (2024), « Tisseuses de lumière » de Sonia Luang (2025)… A une autre époque, le spiritisme a eu ses heures, on écoutait les morts plus qu’on ne cherchait à les rejoindre. Aujourd’hui, on parlera plutôt de VSCD (Vécus Subjectifs de Communication avec les Défunts) et en respectant le courant mainstream qui veut que cela soit pathologique. Peut-être qu’il reste moins pathologique de vouloir croire en la survie de l’âme et d’un monde des envolés bien distinct, que de croire qu’il sera un jour possible de mettre sa conscience sur un support numérique ou robotique, faisant ainsi vivre les âmes défuntes pour l’éternité à travers un avatar numérique? Ce phénomène existe déjà, avec l’application IA Replika, les défunts ne meurent plus, ils restent en ce monde avec nous.

Toutes ces recherches sont indispensables car elles posent une question essentielle qui a toujours taraudé l’homme, la question de sa finitude. Les religions ont tenté de répondre à cette question avant que la science ne se charge d’y mettre son grain de sel. Avons-nous une âme? La conscience survit-elle à la mort? Si oui, combien de temps et dans quel état?

L’âme ou la conscience survit-elle après la mort?

Force est de constater qu’après avoir fait le tour des recherches mondiales sur le sujet, nous ne pouvons répondre à cette question de manière péremptoire. En l’état actuel des connaissances, l’homme ne peut prouver ni que la conscience survit avec le paradigme scientifique tel qu’il est conçu aujourd’hui, ni qu’elle ne survit pas.

Les expériences restent au stade de témoignages constatés mais non explicables. Ayant aussi fait le tour de mon humble conscience lors de mon EMI de mars 2024, je dirai simplement que rien est impossible à qui sait voir et entendre, que le mystère est fascinant, tout autant que notre belle vie sur Terre. Et pour les détails de cette aventure, il faut venir aux conférences et surtout venir témoigner de vos expériences. Car il est aussi démontré que ces phénomènes touchent beaucoup de personnes, 50% des personnes en deuil rapportent un contact avec leur défunt. Alors vérité ou hallucination? Chacun concluera depuis le point de vue de sa conscience…

Effets de l’EMI

En conclusion, le vécu d’une EMI reste certes très perturbant et nécessite un temps long de réadaptation surtout en cas d’EMI vraie, par la force de la gravure sur la mémoire, un souvenir indélébile, une empreinte à vie dans la psyché et parfois le corps. L’EMI est comme un stress post-traumatique en inversé, le contraire d’une hallucination, un véritable retournement de conscience. Au lieu d’avoir des effets négatifs en termes de psychopathologie, de majoration de l’angoisse, les emistes témoignent fréquemment avoir totalement perdu la peur de mourir, sans pour autant avoir envie de s’y précipiter. Ils développent parfois de nouvelles capacités extrasensorielles et/ou une nouvelle vision de la spiritualité et de la société, plus solidaire et empathique. On pourrait défendre l’idée que ces expériences anomales déclenchent une véritable augmentation de l’humain.


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